Cet article est le 4ème d’une série de 5 articles sur le thème de “L’énergie au cœur de la transition écologique”.
Pour respecter les Accords de Paris et limiter le réchauffement climatique à +1,5°C, il faut dès aujourd’hui et drastiquement réduire les émissions de gaz à effet de serre. L’utilisation d’énergies fossiles est responsable de 94% des émissions mondiales de CO2 — l’énergie sera donc centrale dans la lutte contre le réchauffement climatique.
C’est tout l’objectif de la transition énergétique qui consiste en une “modification structurelle et profonde des modes de production et de consommation d’énergie”. Cependant, il n’y a pas une seule bonne façon de faire. La transition énergétique est un projet de société avec des enjeux politiques dont il est important de débattre.
Il n’y a jamais eu de transition énergétique dans l’Histoire

Au fil du temps, on découvre et on utilise de nouvelles sources d’énergies, mais aucune nouvelle source ne remplace les précédentes — toute nouvelle source d’énergie s’ajoute aux précédentes.
Par exemple, malgré le très fort déploiement des énergies renouvelables ces dernières années, elles se sont ajoutées aux sources d’énergie très carbonées dont la consommation a elle aussi augmenté.
💡 Ainsi, pour que la transition énergétique advienne et que la part des énergies fossiles dans le mix mondial diminue, il ne suffit pas de simplement développer les sources d’énergies peu carbonées. Il faut complètement ré-orienter notre société et son système de production d’énergie dominé par les énergies fossiles.
Décrypter les émissions : l’identité de Kaya
L’identité de Kaya décompose les émissions des gaz à effet de serre comme étant le résultat de 4 facteurs :
L’identité de Kaya
- La population
- Le PIB par habitant (niveau de vie moyen)
- L’intensité énergétique (énergie nécessaire à la production de tous biens et services)
- L’intensité carbone (GES émis pour produire une unité d’énergie)
Population

D’après les Nations Unies, nous serons environ 10 milliards sur Terre d’ici 2050 (+26% en 30 ans). Mécaniquement, si ce terme augmente, il faudra diminuer d’autant plus les autres. Diminuer volontairement la population étant éthiquement discutable, nous n’envisagerons pas ce levier.
Diminuer l’intensité carbone : la décarbonation

Diminuer la quantité de GES émis pour produire notre énergie — c’est la décarbonation. Décarboner notre mix énergétique, c’est passer d’un mix dominé par les énergies fossiles à un mix faiblement carboné.
Entre 1965 et 2020, la production d’énergie bas carbone a été multipliée par 9. Mais cette forte croissance n’a entraîné qu’une diminution de 13% de l’intensité carbone entre 1965 et 2019 — loin d’être suffisant pour drastiquement réduire nos émissions. Continuer et accélérer est obligatoire, mais il semble risqué de compter uniquement sur ce levier.
Diminuer l’intensité énergétique : l’efficacité

L’efficacité énergétique, c’est faire plus avec moins : produire plus (ou autant) avec moins d’énergie. Améliorer le rendement d’un moteur thermique, mieux isoler un logement, développer les transports en commun, etc.
💡 Entre 1965 et 2018, l’intensité énergétique mondiale a diminué de 46% — produire un dollar de PIB émet 2 fois moins aujourd’hui qu’en 1965.
Attention à l’effet rebond — En 1865, William Jevons met en lumière ce paradoxe : l’amélioration de l’efficacité énergétique n’amène pas à la baisse de consommation attendue mais plutôt à une augmentation de la consommation totale.
Exemples constatés :
- Une voiture qui consomme 20% de moins ne se traduit pas par -20% de carburant car il sert à voyager plus loin.
- Dans l’aviation, entre 1960 et 2015, la consommation par km-passager a été divisée par 11 mais le nombre de km-passager a été multiplié par 65.
Diminuer le niveau de vie : la sobriété

Entre 1965 et 2019, les émissions de GES ont augmenté de 224% — à cause de la population (+130%) et du niveau de vie moyen (+155%). Les progrès en efficacité (-46%) et décarbonation (-13%) n’ont pas suffi à compenser.
La sobriété est la diminution de la consommation en énergie par des changements de mode de vie et des transformations sociales. Contrairement à l’efficacité et à la décarbonation, elle agit directement à la source du problème : en réduisant le besoin en énergie.
Prendre son vélo au lieu de la voiture sur certains trajets, garder son téléphone plus longtemps — ce sont des mesures de sobriété.
La stratégie : sobriété → efficacité → décarbonation
Les trois leviers complémentaires de la transition énergétique
Les trois approches ne sont pas opposées — elles sont complémentaires et doivent s’appliquer en même temps.
Exemple appliqué au logement :
- Sobriété : Baisser la température du chauffage d'1°C et mettre un pull → baisse immédiate du besoin en énergie.
- Efficacité : Isoler son logement → diminue les besoins en chauffage.
- Décarbonation : Remplacer le chauffage au gaz par une pompe à chaleur → utiliser une énergie décarbonée, parfaitement dimensionnée après les étapes précédentes.
En résumé
- La transition énergétique est une nécessité pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.
- La stratégie pour appliquer la transition énergétique est une succession de sobriété → efficacité → décarbonation.
- La sobriété : réduire ses besoins en énergie.
- L’efficacité énergétique : faire la même chose avec moins d’énergie.
- La décarbonation : utiliser des sources d’énergie émettant le minimum de CO2.
Sources
Source n°1 : Ritchie, H. and Roser, M. (2021). Energy. Our World in Data. Source n°2 : Nations Unies. L’évolution démographique. Source n°3 : Ritchie, H. and Roser, M. (2020). CO₂ and Greenhouse Gas Emissions. Our World in Data. Source n°4 : de Temmerman, G. (2021). Chroniques énergétiques. La Butineuse.